La pépinière urbaine : Un espace expérimental /

fév 2011 à nov 2014


Dans le cadre des rénovations urbaines de Mermoz, un premier bâtiment tombe dans le quartier : c'est l'immeuble des grandes familles. Sa démolition laisse un espace vacant durant plusieurs mois . C'est le terrain pressenti et proposé par la maîtrise d'ouvrage de la ZAC  pour accueillir le projet

« Prenez Racines !» pendant le temps d'un « délaissé urbain » de cette parcelle de plus de 800m2 au départ.

 

Les premières pierres de métal et de terre fertile sont posées en mars 2011. Un premier chantier organisé avec huit jeunes du quartier permet de délimité l'espace « pépinière » en récupérant clôture verte de chantier, bastringues et blocs de ciment : les bastringues sont sciés, les tôles montées et le site nettoyé. L'espace reste ouvert pour les piétons mais délimité et protégé des intrusions motorisées. On apporte dans cet enclos de la terre fertile qui sera terrassée par les bras fougueux des jeunes voisins. Armés de tiges d'acier, ils consolident la parcelle de plus de 150m2 de terre végétale. On ensemence de facélie. On fait un petit nid pour nos arbres qui devraient arriver pour la Sainte Catherine.

 

Reste à bien les nourrir ! Quelques semaines plus tard, c'est au tour du Composteur Collectif de quartier de prendre place : premier élément installé sur la pépinière, il est un fort symbole d'un cycle de vie à venir, ici !  Les épluchures et autres produits naturels biodégradables pourront ainsi nourrir la terre de la pépinière. Après les parrains-marraines, c'est un nouveau public, usagers du composteur, qui naît. Ce composteur est accessible depuis la rue et sera entretenu par les jeunes lors de chantier et par les parrains-marraines devenus expert en retournement de composte ! Reste à mettre de l'eau sur le site. En attendant, on « squatte » le robinet de l'antenne du Centre social Laënnec, située à proximité, armés d'arrosoir ou de tuyau. C'est laborieux, mais l'installation et l'ouverture d'un nouveau compteur n'est pas si simple...

 

Novembre 2011 : on accueille les arbres ! Le lieu est déjà bien investi : une cabane de jardin, des baignoires potagères, 2 parcelles jardinées et plus de 150m2 de terre fertile pour nos 38 arbres.  Toujours pas d'eau. Alors, on campe avec notre tuyau devant le centre social. On discute. Les premières larmes couleront avec la cueillette des 1ers fruits au printemps qui suit. Quelques cerises, une poire sont de grands moments de victoire collective.

 

Tous les mouvements générés par les transformations urbaines du quartier et la création de nombreux déchets lors des destructions et des reconstructions ou réhabilitations, sont saisis comme des opportunités pour construire sur la pépinière en circuit court avec ce que l'on a ! Et hop, quelques baignoires - sabot de l'immeuble face à la pépinière sont récupérés,  prennent place sur l'espace public et deviennent des bacs à jardiner ! Plus tard, de nombreux matériaux seront récupérés sur les chantiers alentours : les palettes des chantiers transformées en mobilier et en plancher, l'étagère de chantier des ouvriers prendra place derrière notre cabane, une tête de lit devient appui dos de fauteuil etc... L' écologie urbaine à l’œuvre !

 

« Avant ces baignoires, c'était le progrès, l'hygiène, les bains-douches à la Maison, puis elles sont devenues un obstacle quotidien. J'ai veilli. Je ne pouvais plus enjamber le machin pour me doucher. Aujourd'hui, je ne me casse plus le dos car je jardine dedans ! » Marcelle Dojat


Au fil des saisons et du cycle de la vie, la pépinière devient un espace de confrontation et de négociation.
Les règles du jeu de l'espace se définissent ainsi avec les habitants et acteurs qui souhaitent s'impliquer. Des rencontres régulières dans la MJC ou sous l'érable du site rassemblent et permettent le débat et la prise de décisions collectives. Tandis que les échanges, petit drame et bonheur vont bon train, les travaux progressent. La pépinière devient alors une zone d'échanges entre habitants et maîtrise d'ouvrage. Un lieu où on s'informe et discute de la progression des travaux et des difficultés qu'ils engendrent souvent.

 

« A-t-on droit aux chiens ? J’ai arrosé hier et mon vosisin a re-arrosé aujourd’hui ! Qui va mélanger le compost ? Ma voisine a voulu faire un barbecue sur la pépinière sans nous avertir. On pourrait faire une cabane pour jouer aux Robinsons ? »